1. --- Nous étions sur les bancs de la Faculté
(ce devait être en 1988, ou en 1989), lorsque le professeur du cours de Libertés publiques en vint à
citer un certain Carl Schmitt. Comme il nous arrivait parfois, nous poussâmes loin le scrupule,
c’est-à-dire jusqu’à aller compulser
quelque ouvrage de l’auteur
allégué. C’était donc bien
l’étudiant en droit public, qu’à ces
instants nous étions, qui tenait, ouvrait et feuilletait le livre, qui venait de
paraître, intitulé Théologie politique ; mais lorsque du regard nous tombâmes
sur une certaine formule que nous allons
dire, en nous ce fut le civiliste qui se
réveilla et fut très vivement alerté.
En effet, Carl Schmitt rapportait
qu’un certain Bernatzik avait adressé une critique à un autre auteur, dénommé Stobbe, pour avoir émis l’opinion selon laquelle “la propriété
indivise serait une personne juridique” ; en outre l’argument de Bernatzik tenait entièrement à ceci qu’il
disait “ne comprendre guère ce genre de
formule”, et, plus précisément, il ajoutait – c’était là le point qui intéressait
Carl Schmitt – “ce genre de formule rappelant une fois de plus le dogme de la Trinité”. Quoi qu’il en soit, c’était
la première fois depuis notre
toute récente venue à la vie de juriste que nous
rencontrions une telle idée
de personnalité de l’indivision. Longtemps d’ailleurs cette occurrence resta isolée.
Elle avait été lancée sans détour, de surcroît dans un contexte très largement étranger au droit civil. Pour hermétique qu’elle nous fut au prime abord, elle ne s’en ancra
pas moins profondément dans notre esprit. Ainsi, le publiciste, qui avait compulsé l’ouvrage
pour de toutes autres raisons, repartait déçu, les mains vides, mais le
civiliste emportait une pierre1.
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